Biographie
J’ai eu la chance de découvrir Barbara Carlotti sur scène. Je m’étais rendu à ce concert par hasard, et j’en suis sorti bouleversé.
Ce qui m’a frappé immédiatement, c’est sa grâce et sa féminité intemporelles. Cette apparente assurance se fissure de temps à autre, laissant apparaître tantôt une fragilité touchante, tantôtun côté volontiers trublion, que l’on n’attendait franchement pas de prime abord. La dame sait incontestablement charmer son auditoire.
Très vite, on se retrouve happé par cette voix mezzo, qui surprend par sa capacité à monter très-haut. On est envoûté par les mots, justes, choisis, qu’ils soient doux ou incisifs. Là où beaucoup n’auraient attendu qu’une chanteuse se dévoileun auteur ; la jeune femme se révèle une conteuse hors pair. Elle nous chante l’amour absolu, ses humeurs vagabondes, la vacuité d’un grand festival de Cinéma ou le pouvoir de l’argent avec une élégance, une justesse et une simplicité qui donnent le vertige.
La musique – difficilement comparable aux standards existants – laisse poindre des influences multiples qui vont du folk américain au jazz, mises au profit d’une solide structure classique. Elle est un véhicule essentiel au monde de Barbara, un levier pour ses textes.
Dès cet instant, Barbara a immédiatement incarné pour moi celle qui allait marquer le pas sur la chanson bobo, au profit d’un certain renouveau de la chanson populaire, dans le sens le plus noble du terme… Mais voilà, comment faire lorsque l’on travaille sur un label 100% anglo-saxon, que l’on n’est pas censé s’intéresser au « local » (comme on dit dans les maisons de disques), et qu’en plus, on a été en toute logique précédé par l’excellent et exigeant label parisien Microbe ? Eh bien, on crée une marque (Dependant), on se fait prendre sous l’aile du légendaire label 4AD, et on persuade Microbe de bien vouloir nous laisser conjointement veiller au destin de l’artiste.
Mais fi des questions techniques, revenons à l’essentiel…
Barbara est née en 1974, un beau jour d’été, et sera très vite bercée par les mélodies implacables de Simon & Garfunkel et les chants corses, conformément au goût de son père, tandis que sa mère l’initie aux joies des concerts classiques dans les églises et aux œuvres pour piano de Rachmaninov. C’est dans ses jeunes années qu’elle commencera son apprentissage du piano. A 12 ans, elle délaisse sa passion pour Michael Jackson pour tomber secrètement amoureuse d’Etienne Daho pour lequel elle garde une grande admiration. S’ensuivra une frénésie de découverte musicale tout azimut, qui la caractérise encore aujourd’hui.
A 18 ans, elle se passionne pour Sarah Vaughan, Nina Simone, Blossom Dearie et Billie Holiday. Elle décide de suivre des cours de chant jazz, mais fond en larmes dès sa première séance. C’est une révélation, elle vient de trouver sa voie : elle sera chanteuse.
Parallèlement, elle suit des études de musicologie. Elle aborde le chant lyrique, qu’elle commence à pratiquer. Elle découvre avec la Mélodie Française une économie de moyens, une écriture musicale proche des inflexions de la parole qui la touche particulièrement chez Debussy avec « La Chanson de Bilitis » de Pierre Louys, sans oublier Duparc et Fauré qui font chanter les poésies de Verlaine et Baudelaire…
En 1998, Barbara élargit son spectre artistique par la danse contemporaine, en rejoignant la Compagnie des Prairies dirigée par Julie Desprairies, ce qui lui vaudra d’apparaître dans le film « Mods » de Serge Bozon (2003) et de participer à de nombreux spectacles.
A un niveau purement musical, la nécessité de chanter ses propres textes finit par s’imposer, il y a 5 ans de cela. Barbara sent qu’elle n’a pas l’âme d’une interprète jazz ou classique. Bien qu’elle écrive depuis toujours, c’est sans doute à cet instant précis qu’elle réalise que si son existence se doit d’être guidé par le chant, seuls ses propres textes en seront le moteur.
En une nuit, Barbara décide de se consacrer totalement à l’écriture de ses chansons. Elle suit des cours au studio des variétés, découvre les univers de Gainsbourg, Bashung, Philippe Katerine, Françoiz Breut ou encore Dominique A.
En 2002, au cours d’une soirée entre amis où Barbara ose chanter ses premières chansons, elle rencontre le guitariste Jean-Pierre Petit, son inséparable compagnon de route (sur l’album, il est d’ailleurs auteur et duettiste sur « Charlie The Model »). Ensemble, ils commencent à se produire dans les bars de la capitale.
En 2003, Barbara réalise son premier enregistrement avec Jean-Pierre Petit, M. Untel et des amis musiciens jazz, 15 titres, qui lui serviront à démarcher les salles et les maisons de disque. En avril 2004, elle rencontre Bertrand Burgalat, qui lui propose d’arranger « De l’argent » et « Cannes ». De tout ce matériel, elle gardera 7 titres, et lancera une souscription afin de récolter les fonds nécessaires à un pressage CD en bonne et due forme. C’est à ce moment précis qu’elle est repérée par Microbe, qui lui propose immédiatement de s’occuper de ce premier enregistrement, ainsi que de ceux à venir. « Chansons » sort officiellement en mai 2005, et rencontre un succès critique aussi fulgurant qu’étonnant pour ce qui reste avant tout un EP autoproduit.
En parallèle à la préparation de son premier album, Barbara et son groupe écumeront les salles, se produisant au Sentier des Halles, au Zèbre, au Cithèa, à l’Espace Jemmapes, au Festival Mythos, au Festival Colomba et plus dernièrement à l’Olympia (en première partie de Louise Attaque), ainsi qu’aux Bars en Trans dans le cadre des dernières Transmusicales de Rennes.
A l’automne 2005, Barbara rentre au Microbe Studio avec ses musiciens, sous la houlette de Benoît Rault (de Ben’s Symphonic Orchestra), et s’attelle à la réalisation de l’album. Le mixage du disque sera confié à Marlon B., et le mastering, quant à lui, se fera aux légendaires Abbey Road Studios de Londres sous la direction d’Adam Numm.
S’il fallait comparer « Les Lys Brisés », premier vrai album de Barbara, avec « Chansons », on serait saisi par l’incroyable progression opérée par l’artiste. Le chant s’affirme, les arrangements font fi de toute cosmétique inutile, les choix d’atmosphère dépeignent une artiste déjà mature.
Même lorsqu’au détour Barbara rend hommage à son chanteur fétiche, Colin Blunstone des Zombies, dont elle adapte ici en français « A Rose For Emily », elle réussit à s’approprier la chanson de telle façon qu’elle finit par être légitimement sienne. Tour à tour nostalgique, moqueuse, incisive, mélancolique, profonde, joueuse, douce et même parfois érotique, Barbara Carlotti nous invite avec « Les Lys Brisés » à découvrir ses états d’âme, à partager son univers, souvent sombre mais toujours juste, poétique mais incroyablement réel.
Ce disque ne laissera personne indifférent, ce qui est déjà la marque des Grands.
Laurent Rossi
Directeur général de Beggars Group France.




